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Le
centre d’artistes Horace loge dans un édifice qui a été
le laboratoire Mathieu qui produisait le célèbre sirop
du même nom. Fait de goudron de hêtre et d’huile de
foie de morue, ce tonique devait guérir la toux et le rhume de
même que tous les bobos des jeunes et des vieux. Dans le puits
du monte-charge désaffecté, un espace de 3 mètres
x 3 mètres x 12 mètres de haut, j’ai reconstruit
une sorte d’alambic qui rappelle le secret laboratoire du Dr Mathieu.
L’huile de foie de morue utilisée dans la
fabrication du sirop Mathieu devait être choisie soigneusement
parmi les cinq variétés connues : la blonde, la brune,
la noire, la pâle, la vert-doré. La première est
d’un jaune d’or, d’une odeur très faible, d’une
saveur d’abord douce, ensuite plus ou moins excitante; la seconde
est d’une couleur d’ocre brune, d’une forte odeur
de poisson analogue à celle du hareng salé et d’une
saveur de poisson qui imprime au palais un sentiment d’âpreté;
la troisième est d’un brun tirant sur le noir, d’une
odeur nauséabonde, d’une saveur amère, et empyreumatique;
la quatrième est d’une couleur jaunâtre, d’une
saveur et d’une odeur peu marquées; la cinquième
est limpide, couleur vert-doré, douce au goût et à
l’odorat. La meilleure huile de foie de morue était à
coup sûr, celle produite avec des foies parfaitement frais, à
une chaleur douce et sèche, à l’abri du contact
de l’air, dans d’étranges machines au cœur de
secrets laboratoires.
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